La demande
Jai fouillé partout, mis à sac tout ce qui pouvait contenir les infinies tentatives de cette première lettre quun jour, à bout de force, jai fini par te remettre.
Après des mois dégarement, à écumer dans les couloirs comme un monstre que personne ne voit, un rictus en guise de masque, javais demandé une entrevue. Surprise, tu tattendais à ce que je vienne posément texpliquer le but de ma visite. Or mon état nétait déjà plus très digne et tout maintien mavait délaissée. Je tavais alors remis cette lettre, première lettre de «notre histoire» mouvementée et demandé den prendre connaissance avant que nous parlions. Quelques minutes plus tard mon téléphone sonnait. Face à toi, dans ton bureau, les sentiments qui me lacéraient me rendirent blanche et grelottante. Tu eus pitié. Je crois que cest cette fois-là que tu minvitas à venir prendre un verre avec toi dans une anonyme brasserie où rien naurait pu me réconforter. Je tremblais de plus belle, claquais nerveusement des dents. Cest alors quen enlevant tes gants tu pris mes mains dans les tiennes dans ce café neurasthénique pour me ranimer, me rassurer. Il nen fallait pas plus pour me réduire à néant. Ce que je vis, la tête sous leau, de ce que tu fis ne pouvait être que déformé, amplifié, désagrégé dans lespace autour de nous. Jétais irrémédiablement perdue.
En désespoir de cause, jai décidé de te demander cette lettre que je ne retrouve pas.
Jai mis un certain temps avant de me lancer car il est toujours déstabilisant de segmenter les sphères de nos dialogues dans ce décor. Tu mas fait la conversation un moment à propos de choses futiles et cela faisait bien longtemps que tu navais été aussi douce - comme si tu sentais que je narrivais pas à prendre la parole. Je devais être bien blanche comme tu me las fait remarquer. Jhésitais car il est toujours périlleux de parler entre les lignes toutes portes ouvertes.
Tu viens de me demander à quoi tu reconnaîtras cette lettre des autres sil y avait des dates sur mes messages remis de main à la main. Lorsque jentends ce sourire qui accompagne tes paroles, mon cur est pris dans la tempête, ballotté en tous sens et rugissant dêtre ainsi malmené. Ce sourire, je lentends parfois au détour dun escalier, jusque dans les couloirs qui me rapprochent de toi. Tu viens de massurer que tu vas chercher. Je donnerais cher à cet instant pour pénétrer ce qui te passe en tête. Tu dois bien te demander pourquoi. Or la seule question que tu me poses est : «est-ce urgent?» à quoi tu réponds toi-même par un «oui je comprends, je noublierai pas».
Je me félicite de ton air engageant, je me réjouis de savoir que tu vas devoir relire tout ce que je tai remis. Si je tavais dit que la première lettre était certainement manuscrite tu aurais trouvé trop vite. Je veux aussi savoir si tu la retrouves, si tu ten souviens. Je ne tai dit quune seule chose : que tu la reconnaîtrais au ton que jy emploie. Je me demande quel artifice tu vas pouvoir utiliser