Lumière
Un peu de vie me manque lorsque vous me privez de vous, un peu de mouvement et de lumière.
Parce que les jours aux couleurs variées passent et nous éclairent de mille facettes comme larbre luit de mille feuilles aux tons de terre et de mer, je ne me libère pas de ces feux quand mon esprit vous entrevoit. Et nul besoin de présence effective pour que je subisse la loi dun tel miroitement la vidéo de tes passages et de quelques gros plans dans les recoins de ma mémoire est dune fidélité agaçante.
Je ne résorbe pas plus cette flamme que je ne parviens à me positionner entre le «vous» et le «tu».
Mais à cela tu ne maides pas beaucoup. Tu me laisses entendre que tu ne tolèreras quun vouvoiement officiel de rigueur alors que tu massures accepter ma prose sans restriction. Quand je crois être sauvée dun emballement trop grand quelque froideur grinçante me murmure que je suis la proie daffabulations. Alors je doute encore pour ma survie, je crains quelque craquement sinistre, je doute de tes bonnes intentions. Je ne me mets pas en danger en tabordant jassume le danger dévorant qui sest imposé, ma débordée. Tu souris, amusée, cela donne envie de tembrasser si tu savais comme cela mest difficile de faire incessamment ces pas vers toi.
Te voir et te parler méchauffe et me calme, ravive les couleurs de lespace, diffuse un rayonnement réconfortant, me rassure pour un temps. Jusquà ce que ton silence me pèse à nouveau, que je ne le comprenne pas et que je prenne à nouveau sur moi pour venir te relancer. Cest épuisant. Ce vide rugissant alimenté par mes doutes est une cruauté. Jen suis seule responsable, je sais, mais le temps est long à attendre un signe de toi. En un mois, trois messages écrits et un message vocal sur ton téléphone portable sont restés sans réponse laissant libre court aux mauvaises interprétations de mon esprit rompu.
Je ne devrais pas técrire mais pourtant comment te dire, en dépit du monde environnant,
Lestomac dans les talons et le cur en carence, comme une envie de lumière quand lhiver sest installé, comme une envie de nicotine impossible à assouvir quand les tabacs sont fermés. Cette absence me creuse la tête des traces que tu y laisses, me rappelle chaque chose avec une précision de collectionneur où ton image et tes mots se révèlent avec plus de précision dheure en heure. Cest un quai de gare où les voyageurs attendent un train qui ne vient pas, la nuit tombe et les rires du train fantôme filent devant eux sans le moindre arrêt.
Le jour seffiloche sans que je noublie vraiment le contact de tes mains sur la mienne. Quelques petits joyaux gardés contre soi comme des images dEpinal que lon sort de ses poches à intermittence pour se conforter et se réchauffer lâme.
Le ciel infini et le goût de nos joutes verbales laissent entrevoir dautres perspectives sous le tissu de mes divagations. La lune troublée me tient compagnie et me suggère quelques folies à te susurrer pour que tes yeux ravissent les étoiles. Mais le temps qui défile en procession est toujours lourd de ton absence même si je ne dois pas te dire que tu me manques, même si je ne dois pas me permettre dy penser trop.
Encore un fois, je ne saurai pas ce que tu penses. Tu me laisseras me débattre, tenter de prendre les choses avec recul et philosophie, de saisir quelles sont les limites que tu ne me donnes pas. Je ne sais même pas ce que tu crains à ne rien vouloir me dire