Les règles qui se sont instaurées entre nous au fil du temps ne manquent pas de me divertir. Les différents personnages que nous jouons stimulent mon imagination.
Ainsi je continue à te vouvoyer à ta demande lorsque nous nous voyons comme dans toute correspondance électronique à lintérieur du cadre dans lequel nous évoluons. Le tutoiement, héritage dun droit que je me suis approprié lorsque jai commencé à glisser mes pensées entre tes mains, est réservé aux quelques déclarations que je tenvoie sur ta messagerie personnelle. Pourquoi donc un jour mavoir communiqué cette parcelle intime alors que jamais tu ne répondras à ce que jy écris ?
Car la règle couvre aussi ce point. Si la forme dun échange professionnel perdure - quand bien même le sujet déborderait ce cadre - alors il tarrive de répondre. Mais tu te refuses à toute trace écrite dune réponse à cette complicité. Tu ne réagis que lorsque cela ne timplique pas au-delà de ce que tu estimes être une réaction admissible, quelque chose que tu pourrais justifier à des tiers
Tu étais dhumeur caressante ces derniers jours. Peut-être parce que tu mas avoué dun ton las : «Je ne touche plus terre en ce moment». Tu faisais référence aux occupations liées à ta fonction. Quand je prétends me servir de ton poste de travail et marque un temps pour que tu fermes ta messagerie, tu minvites à prendre place en me disant que celle-ci ne contient que des messages professionnels et que cela na aucune importance que je les voie ou non. Je sais que cette phrase sibylline doit me rappeler à lordre. Ne pas dépasser les limites exemplaires que tu prétends afficher comme un parangon professionnel. Jai bien du mal à mauto-censurer quand je te vois tendre et réceptive. Il me faut une volonté tyrannique pour ne pas céder à mes faiblesses, décider de ne pas abuser de cette complicité. Car alors, je le sais pour lavoir déjà vécu, ton attitude changerait du tout au tout. Je dois sans cesse tester léquilibre du fil de tes envies et contrer ma convoitise.